S’il fait toujours l’objet d’opprobre et compte encore de nombreux détracteurs qui empêchent sa légalisation dans la majorité des pays du monde, le cannabis intéresse en revanche toujours plus la science qui ne cesse de lui consacrer des études et lui trouve autant de vices que de vertus. Parmi ces dernières, la possibilité que le cannabis puisse participer à sa manière à la lutte contre l’alcoolisme…
Publiée à la fin du mois de janvier dernier dans la revue scientifique Molecular Psychiatry et relayée en détail sur notre site, une étude révélait les effets favorables du CBD sur le sevrage alcoolique. À la lumière de nouvelles recherches financées par le gouvernement fédéral américain, il semble que ce ne soit pas uniquement le cannabidiol, mais bien le cannabis paré de toutes ses molécules qui soit en mesure d’agir contre la consommation excessive d’alcool. Une équipe composée de huit scientifiques issus de l’Université du Colorado et sollicités par la branche « alcoolémie » du NIH (National Institutes of Health), l’organisme d’État chargé de toutes les recherches concernant la santé a en effet récemment communiqué sur le site PsyArVix, les conclusions partielles d’une étude destinée à évaluer les effets du cannabis sur la consommation d’alcool. Les chercheurs ont réuni 62 volontaires à la fois consommateurs d’alcool et de cannabis et qui avaient utilisé les deux substances conjointement pendant au moins trois mois consécutifs.
Au cours de deux séances distinctes, chacun des participants a été invité à consommer jusqu’à cinq boissons alcoolisées selon un schéma précis consistant en une première prise, suivie de quatre autres proposées dans des intervalles d’un quart d’heure mais toutes facultatives. Concernant le cannabis, les volontaires ont pu en consommer selon leurs pratiques habituelles, mais uniquement lors d’une seule des deux séances, ceci avant que tout alcool ne leur soit proposé et après que les scientifiques ont pesé chaque dose de marijuana utilisée. Ces derniers ont pu observer lors des sessions sans cannabis que les volontaires buvaient en moyenne deux verres d’alcool, alors qu’ils ne prenaient plus qu’un verre et demi lorsque la séance comportait également du cannabis, soit une réduction de 25 % d’absorption d’alcool. Si certaines personnes ont consommé le même taux d’alcool pendant les séances avec ou sans cannabis, elles ont néanmoins « signalé une réduction de l’envie d’alcool à plusieurs moments après avoir consommé du cannabis et de l’alcool par rapport à l’alcool seul », d’après les conclusions des scientifiques.
Le cannabis pourrait aider les gros buveurs à ralentir sensiblement leur consommation d’alcool.
Les chercheurs ont constaté « que sur l’ensemble de l’échantillon, l’auto-administration de cannabis avant l’alcool réduisait considérablement la consommation d’alcool par rapport à l’utilisation d’alcool sans cannabis et que l’administration concomitante de cannabis et d’alcool était associée à une réduction aiguë significative de l’envie d’alcool par rapport à l’administration d’alcool seule ». La conclusion de ces observations est donc que « pour certaines personnes qui boivent beaucoup, le cannabis peut servir de substitut à l’alcool, et la réduction de l’envie peut être le mécanisme par lequel cela se produit. Cette étude, ont poursuivi les scientifiques, démontre que les effets différentiels du cannabis sur l’envie d’alcool peuvent sous-tendre la propension à s’engager dans un comportement de substitution, et que ces effets ne dépendent pas des concentrations plasmatiques de THC ». Comme souvent dans ce type d’études, l’équipe a néanmoins reconnu que « des recherches supplémentaires (étaient) nécessaires pour clarifier d’autres variables qui pourraient avoir un impact sur cette relation ».
Une enquête américaine publiée au mois de mars dernier avait révélé que « trois jeunes adultes sur quatre substituaient le cannabis à l’alcool au moins une fois par semaine ». Un autre rapport avait également observé que le cannabis était utilisé de plus en plus fréquemment comme alternative à l’alcool, au fur et à mesure que le marché légal s’étendait à travers le pays et une enquête plus ancienne avait montré qu’une majorité d’Américains considéraient la consommation régulière d’alcool comme plus nocive que l’utilisation de marijuana. Ceci, même si la plupart des répondants avaient également avoué qu’ils préféraient boire de l’alcool plutôt que de consommer du cannabis, même s’ils jugeaient cette pratique plus délétère pour la santé. L’étude des scientifiques du Colorado vient également corroborer un sondage mené au mois de janvier et qui établissait déjà que plus de la moitié des utilisateurs de cannabis buvaient moins d’alcool, voire pas du tout, après en avoir consommé. Reste à savoir de quelle manière cette étude pourra contribuer à traiter les formes aigües d’alcoolisme, tout en préservant au mieux la santé des personnes souffrant de cette addiction.













