Le Maroc a approuvé un essai scientifique sans précédent visant à explorer l’utilisation du CBD dans l’alimentation des volailles. Cette initiative, officiellement validée par l’autorité nationale de réglementation du cannabis, s’inscrit dans une stratégie plus large visant à moderniser les pratiques agricoles tout en répondant aux préoccupations en matière de sécurité alimentaire et de santé publique.
L’Agence nationale de réglementation des activités liées au cannabis a signé un accord de recherche avec l’Institut Hassan II d’agronomie et de médecine vétérinaire, marquant ainsi la première fois qu’un composé dérivé du cannabis sera officiellement testé dans l’alimentation animale dans le pays. L’étude se concentrera sur le cannabidiol (CBD) et son rôle potentiel dans le renforcement de l’immunité des volailles et la protection antimicrobienne.
Prévu pour une durée de dix mois, le programme vise à développer une formule alimentaire à base de CBD qui pourrait convenir à la production avicole à l’échelle industrielle. Selon les autorités marocaines, cet essai s’inscrit dans le cadre d’une transition progressive vers l’abandon des antibiotiques stimulant la croissance, dont l’utilisation est de plus en plus restreinte en raison des réglementations en matière de sécurité alimentaire et des préoccupations liées à la résistance aux antimicrobiens.
Au-delà de la santé animale, les chercheurs évalueront également l’impact économique des additifs à base de CBD sur la rentabilité des exploitations agricoles, un facteur essentiel dans un secteur soumis à la pression de la hausse des coûts de production et de la demande croissante des consommateurs.
Un marché avicole en pleine croissance à la recherche de nouvelles solutions
L’industrie avicole marocaine devrait connaître une croissance de près de 20 % d’ici 2030, principalement grâce à la consommation intérieure. Cette trajectoire de croissance exerce une pression supplémentaire sur les producteurs, qui doivent trouver un équilibre entre productivité, conformité réglementaire et bien-être animal.
Dans ce contexte, le CBD est examiné non pas comme un ingrédient miracle, mais comme un outil potentiel pour maintenir la santé des troupeaux sans recourir massivement aux antibiotiques. Les responsables impliqués dans le projet soulignent que la recherche est exploratoire et s’inscrit dans un cadre réglementaire strict, conformément à l’approche post-légalisation du Maroc en matière d’activités liées au cannabis.
L’essai reflète également l’ambition du Maroc de se positionner comme un acteur sérieux dans la recherche scientifique sur le cannabis, au-delà des utilisations traditionnelles telles que les fibres ou les produits de bien-être.
Précédents internationaux, notamment en Thaïlande
Si le projet marocain est une première au niveau national, des expériences similaires ont déjà été menées à l’étranger. En Thaïlande, des chercheurs universitaires ont étudié les effets de l’ajout de résidus de cannabis sativa à l’alimentation des poulets de chair, en se concentrant sur les performances de croissance et les caractéristiques de la viande.
Leurs conclusions suggèrent des avantages potentiels sans impact négatif sur la croissance. Comme l’ont conclu les chercheurs :
« Les résultats ont montré que si la supplémentation en CR n’avait pas d’impact sur les performances de croissance, elle améliorait la qualité de la viande en réduisant la teneur en graisse et en renforçant la saveur umami grâce à des niveaux élevés d’acides aminés libres, augmentant ainsi la valeur nutritionnelle globale de la viande. »
L’étude est allée plus loin dans les détails biochimiques, notant :
« Le CR a considérablement réduit les acides gras C12:0, C20:1n9 et C22:1n9 (p < 0,05) tout en augmentant les acides aminés libres, notamment l’acide aspartique, la sérine, la proline, la méthionine et la phénylalanine (p < 0,05). Elle a également augmenté la teneur en humidité et diminué la teneur en graisse, en particulier à 2 % de CR (p < 0,05). »
Les chercheurs ont finalement conclu que les résidus de cannabis pourraient représenter « une alternative potentielle aux additifs alimentaires conventionnels ».
Entre innovation et prudence
Pour les régulateurs marocains, ces résultats internationaux fournissent un contexte plutôt qu’un modèle. L’essai local se concentre spécifiquement sur les extraits de CBD, et non sur les résidus de plantes entières, et s’inscrit dans le cadre du système réglementaire strict du Maroc pour les produits dérivés du cannabis.
En cas de succès, l’étude pourrait ouvrir de nouvelles perspectives pour les applications vétérinaires des cannabinoïdes, tout en renforçant les efforts du Maroc pour réduire l’utilisation d’antibiotiques dans le bétail. Cependant, les autorités soulignent que tout déploiement commercial dépendra de preuves scientifiques solides et de voies réglementaires claires.
Alors que l’agriculture mondiale recherche des alternatives durables et conformes aux antibiotiques, l’essai marocain sur l’alimentation des volailles à base de CBD place le pays à la croisée des chemins entre la réglementation du cannabis, la sécurité alimentaire et l’innovation agricole, sans battage médiatique, mais avec des implications importantes pour l’avenir de l’élevage.













